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Pensées

Jeudi 5 juin 2008
Et si j'étais une plume, quelle serait ma vie?

Au début, je n'étais que duvet sur le dos d'un poussin, un matin de printemps...

Puis le poussin grandit. Son corps désormais recouvert de plumes, il cessa de piailler dans l'attente de sa nourriture et prit son envol. J'étais là, au chaud avec mes petites soeurs. La vie était douce et facile. Je pouvais m'admirer dans le reflet que me renvoyaient mes soeurs. J'étais nourrie, choyée... quand vint le jour fatidique du premier vol. Soudain, l'oiseau déploie ses ailes immaculées et s'élance dans le vide. Je vois le sol se rapprocher à vitesse grand v. C'est la panique!!! Lorsqu'enfin, le premier battement d'ailes nous soulève d''un coup, puis un second, puis  des milliers d'autres. Ma vie de plume est alors transformée. Je comprends enfin ma raison d'être: voler, planer... transcender la gravité. Hahaha! Je défie Newton à chaque minute, chaque seconde qui passe... Quel bonheur.

Mais un jour, le drame survint. Je fus prise dans un violent tempête, une tourmente gigantesque. Je fus arrachée à la vie que je chérissais et me retrouvais seule, sur le macadam.


Ce fut terrifiant. Je n'avais jamais été seule de ma vie. Je restais longtemps, là, désespérée sans savoir quoi faire. Le désespoir m'envahit. Je ne voulais qu'une chose: que mon tourment cesse. Je devins morne et terne, ne vivant de rien et n'ayant rien de vivante. Mes sens m'abandonnaient peu à peu, surpassés par  mon mal-être. Je n'écoutais plus, je ne ressentais plus. Nul avenir ne s'ouvrait à moi.



Puis, elle vint, cette petite fille qui changea ma vie. Une bourrasque m'avait porté au pied d'un arbre. Quand j'arrivais, elle pleurait son genou écorché. Je lui caressais doucement la jambe pour attirer son attention. Elle me vit, me prit dans sa main et se mit à souffler pour me faire voler. Je retrouvais fugitivement d'anciennes sensations. Les éclats de rire de la fillette me redonnèrent courage. Je compris que mon existence pouvait ne pas être vaine si je le décidais. La fillette le mit dans sa poche et me ramena chez elle. Elle me présenta à sa maman comme si j'étais son bien le plus précieux, puis me déposa sur son bureau sous la fenêtre. La petite fille grandit, devint une belle jeune fille et m'oublia. Il me fallait partir. Je me laissais donc porter par le vent, une fois encore.


Qu'allais-je faire?

Je décidais de m'arrêter sur un lit de feuilles automnales pour faire le point. J'ai toujours trouvé l'automne propice à la réflexion. Le temps semble se dérouler au ralenti. Refusant de quitter une saison qui le fait vibrer, le monde cherche tout de même un repos bien mérité. Ainsi, il traîne les pieds, s'élançant timidement vers l'hiver. Je restais là un moment, cherchant à comprendre l'incompréhensible, à découvrir les limites de l'infini. J'avais la sensation de m'immerger dans un vide sans fin, effrayant.

Le printemps revint et je repartis à l'aventure. J'avais envie de retrouver mes racines, de revoir mes semblables.

Le vent me porta jusqu'à un immense hangar rempli de grosses cuves en acier. Je fus sombrement impressionnée par ces machines en acier, par ce miracle qu'est l'industrialisation. Tout semblait insipide et sans saveur, froid. La curiosité me poussait à voir ce que contenaient ces cuves. Je demandais au vent de m'y aider. Je pus ainsi pénétrer dans l'une d'elles. Je me retrouvais emportée dans un tourbillon de plumes. Merveilleux! Mon souhait de revoir mes semblables  était réalisé. Toutefois, pas le temps de discuter. Nous fûmes attrapées, conditionnées, transformées... en oreiller! Ce fût une période douce et chaude...Rien ne vaut un foyer!!


Je me souviens.... Le temps filait doucement, s'écoulant inexorablement. Je n'avais plus l'énergie d'antan. Dernière bataille d'oreiller et je fus irrémédiablement séparée de mes soeurs, sans force pour les rejoindre. Je me posais doucement sur un bureau de chêne. Quel merveilleux contact que celui du bois!!! J'avais derrière moi une belle carrière. Je souhaitais pouvoir laisser une trace de mon passage. La jeune qui s'était reposée sur moi me donna cette chance. Elle polit mon extrémité pour faire de moi sa plume favorite. Ainsi, je devins l'outil du possible et de l'imaginable. Elle était poète, je l'inspirais. Je me souviens de ces vers qui naquîmes de nos deux volontés "L'arbre oublié..."


Le souffle du vent
Balance lentement
Les feuilles estivales
De cet arbre magistral 

Un soleil vertueux
Eclaire de ses feux
Cet arbre fier
De lignée princière

 Certitude illusoire
D'un dernier espoir
Que possède en vain
Cet astre divin

 La vie a quitté
Cet arbre d'été
Qui reste couché
Là sur le pavé


Quelle tristesse! Poignant! Notre oeuvre achevée, je pu me reposer, vide de toute énergie. J'avais le sentiment d'avoir accompli ce pourquoi j'étais née. Un souffle  m'indiqua que mon ami le vent m'attendait. "Il est temps" me dit-il. Oui, certes, il était temps. Toutefois, je lui demandais de m'accorder un dernier souhait: je n'avais jamais vu la mer...Il me déposa doucement sur le sable tiède. Quelle merveille. Puis doucement, je me sentis sombrer dans l'éternité...
Par Selhia
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Lundi 2 juin 2008

Le mot philosophie vient du grec ancien φιλοσοφία, composé de φιλεν, "aimer " et σοφία, "sagesse, savoir", c'est-à-dire littéralement "l'amour de la sagesse" (merci wikipédia)... L'objectif de cet article n'est pas de réécrire  l'histoire de la philosophie à travers les siècles, de Socrate à Montesquieu, de Confucius à Gandhi. Il s'agit de démontrer que tous sommes philosophes dans l'âme...

Il n'existe aucune définition de la philosophie. Chacun essaie de la caractériser, de se l'approprier. Toutefois, elle ne se caractérise par aucune méthode, aucun domaine bien qu'elle ait ses préférences; ni même par un but précis. Seule fait consensus l'idée qu'elle traduit l'amour de la réflexion.

Différents hommes ont marqués l'histoire de la philosophie: Socrate, Platon, Aristote, Confucius, Averroès, Alexandre, Thomas d'Aquin, Voltaire, Bergson, Kant, Marx, Proudhon, Kierkegaard... Et pour les femmes, si effacées presque oubliées, Mme de Sévigné, Simone de Beauvoir, Hannah Arendt...Tant de noms illustres qui, même si on ignore "quand?", "comment?", font ressurgir quelques idées dans notre esprit.

Pourquoi ces hommes et femmes ont-ils mérités le titre de philosophe? Ils n'ont pas cherché à s'approprier la connaissance absolue, résoudre tous les mystères de l'univers.  Ils ont mené une réflexion visant à expliquer l'existance de monde, la nature humaine. Nul ne peut se vanter d'y être parvenu. Toutefois, nul ne peut, non plus, nier leurs efforts pour s'en approcher.

Ainsi quiconque cherche à apprendre, comprendre et réfléchit mérite le titre de philosophe, quelque soit son but ou son domaine de réflexion. La philosophie est ainsi une et multiple:
- une par sa vocation d'absolue;
- multiple par les chemins qu'elle emprunte et les hommes qui les foulent.


Vérité ou mensonge, beauté ou laideur, chaque notion devient polémique et débat, qu'il s'agisse de concept, ouvrant large part à l'émotion et la subjectivité ou qu'il s'agisse de concret, d'assertion quasi mathématique.

Ainsi, pour infimer cette distance concept/concret, qui fondamentalement se résume à une bataille en Science et Pensée, j 'évoquerai un livre que j'ai lu, il y a longtemps: "Le théorème du Perroquet" de Denis Guedj:

 



Pierre Ruche, libraire à la retraite, reçoit une mystérieuse lettre d'Amazonie, écrite, peu avant sa mort, par son ami Grosrouvre. Dans le même temps, ce dernier lui lègue une fabuleuse bibliothèque entièrement consacrée aux mathématiques. Mais comment classer ces précieux ouvrages ? Pour y parvenir, Pierre Ruche est contraint de se remettre aux maths... à 84 ans.
Comment élucider le mystère de la disparition de Gros rouvre ? Pour y parvenir, Ruche, accompagné de Perrette, de Max, de Jonathan et Léa, les jumeaux, et de Nofutur, le perroquet amnésique, se lance dans un long voyage à travers l'histoire des mathématiques, depuis les Grecs anciens jusqu'à nos jours.
Humour et suspense, mathématiques et littérature, pour un roman qui connaît un grand succès dans le monde entier.

 


Pour vous faire une idée de l'auteur et du livre, voici un petit plus:
"Archytas de Tarente est l'inventeur du nombre un. L'inventeur ? Le "un" n'avait-il pas toujours existé ? Eh bien, non ! Pour la plupart des penseurs grecs, les nombres commençaient à "deux". Pour eux, il y avait le "un"... et les autres. Le "un" parle d'existence, pas de quantité, affirmaient les Grecs. La multiplicité est du ressort des nombres : "Est un ce qui est". Ca, c'est de la philo ! (...) En dépouillant le "un" de sa singularité et de son altérité, Archytas en avait fait un nombre comme les autres ! "

Ceci vous donne une idée du contenu. C'est un livre qui mélange astucieusement fiction, philo et maths, pour en faire une recette savoureuse. De quoi se faire des nœuds au cerveau, ou d'apprendre à aimer la philo et les maths... Sont-ce vraiment deux domaines si loin l'un de l'autre?




Par Selhia
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Samedi 31 mai 2008
Un jour, marchant dans la rue, je croisais de nombreux visages, les uns fatigués, les autres anxieux ou stressés. Peu arborait des traits reposés, une expression radieuse, apaisée, heureuse. Leurs yeux semblaient éteints, vides de toute lumière. Une interrogation me vint alors. Je ne sais toujours pas quelle force me poussa à faire ça mais......

Imaginez une jeune femme, l'air sérieuse qui arrête les passants et leur demande  «Excusez-moi, Madame, Monsieur, vous arrive-t-il de regarder deux moineaux sur une branche, illuminés d'un rayon de soleil? » Et savez-vous ce qu’ils me répondirent, pour les plus polis bien sur? Non, vous ne savez pas? Eh bien ils me dirent «  Quelle drôle d'idée! C'est d'une telle banalité! », « Ne soyez pas stupide cela ne présent aucun intérêt »... La réponse la plus édifiante me fut donner par un homme d'une quarantaine d'années en costume trois-pièce, pardessus et attaché-case noir brillant « Combien cela peut-il rapporter? Attendez! Si je regarde deux moineaux pendant 1minute, après répercutions des temps collatéraux (ouverture des volets, fermeture volets, ouverture fenêtre,...etc...), je perds au moins 3minutes37 secondes de retard sur le planning ce qui en bout de chaîne représente des pertes, en euros, de......hum hum » Et il reprit sa route sans plus me prêter la moindre attention.

Toutefois, lorsque je le pu, j'enchaînais « Et le reflet du soleil dans l'eau d'une fontaine gelée? Le mouvement des branches d'un vieil arbre centenaire? Une vielle porte en bois au coin d'une ruelle?...... » En définitive ce fut toujours pour obtenir le même type de réponse.

En dernier lieu, je m'approchais tout de même d'un vieux couple assis sur un banc, main dans la main. « Mais que faîtes vous donc là assis sur votre banc? Pourquoi n'êtes vous pas comme tous ces gens à courir dans tous les sens, sans arrêts? » Vous comprenez qu'après tant de dénégation de la part de gens biens comme il faut je ne voulais pas risquer de heurter la moral de nos aïeux par des questions jugée, au plus gentiment, naïve. Ils me répondirent comme s'ils énonçaient une évidence.

« Hier, nous avons trop courus, toujours plus loin et toujours plus vite. Nous avons oublié l'essentiel et la vie est passée. Aujourd'hui, nous regardons. Assoyez-vous, Mademoiselle. Asseyez-vous avec nous et vous verrez aussi ».Ce que je fis.

Un rayon de soleil perçait les nuages. Un moineau se posa sur une branche d'arbre ballottée par le vent. Il frissonna puis pris son souffle. Son chant guilleret résonna à mes oreilles et réchauffa mon cœur. Tendez l'oreille....! N'entendez-vous pas sa compagne qui lui répond? Et si vous osiez ouvrir les volets?  Peut-être les verriez-vous, comme je les vis ce matin là, tous les deux tendrement serrés sur leur branche enneigée, bercés dans la douce chaleur d'un soleil hivernal...

L'image de ces deux vieillards est encore présente dans mon esprit. Je me souviens même m'être demandé en reportant mon regard sur eux: « Depuis combien de temps n'ais-je pas regardé deux moineaux sur une branche? »

Par Selhia
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