Partager l'article ! Et si j'étais une plume?: Et si j'étais une plume, quelle serait ma vie? Au début, je n'étais que duvet sur le dos d'un pouss ...
| Juin 2012 | ||||||||||
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Puis, elle vint, cette petite fille qui changea ma vie. Une bourrasque
m'avait porté au pied d'un arbre. Quand j'arrivais, elle pleurait son genou écorché. Je lui caressais doucement la jambe pour attirer son attention. Elle me vit, me prit dans sa main et se mit
à souffler pour me faire voler. Je retrouvais fugitivement d'anciennes sensations. Les éclats de rire de la fillette me redonnèrent courage. Je compris que mon existence pouvait ne pas être
vaine si je le décidais. La fillette le mit dans sa poche et me ramena chez elle. Elle me présenta à sa maman comme si j'étais son bien le plus précieux, puis me déposa sur son bureau sous la
fenêtre. La petite fille grandit, devint une belle jeune fille et m'oublia. Il me fallait partir. Je me laissais donc porter par le vent, une fois encore.
Je décidais de m'arrêter sur un lit de feuilles automnales pour faire
le point. J'ai toujours trouvé l'automne propice à la réflexion. Le temps semble se dérouler au ralenti. Refusant de quitter une saison qui le fait vibrer, le monde cherche tout de même un
repos bien mérité. Ainsi, il traîne les pieds, s'élançant timidement vers l'hiver. Je restais là un moment, cherchant à comprendre l'incompréhensible, à découvrir les limites de l'infini.
J'avais la sensation de m'immerger dans un vide sans fin, effrayant.
Le vent me porta jusqu'à un immense hangar rempli de grosses cuves en
acier. Je fus sombrement impressionnée par ces machines en acier, par ce miracle qu'est l'industrialisation. Tout semblait insipide et sans saveur, froid. La curiosité me poussait à voir ce que
contenaient ces cuves. Je demandais au vent de m'y aider. Je pus ainsi pénétrer dans l'une d'elles. Je me retrouvais emportée dans un tourbillon de plumes. Merveilleux! Mon souhait de revoir
mes semblables était réalisé. Toutefois, pas le temps de discuter. Nous fûmes attrapées, conditionnées, transformées... en oreiller! Ce fût une période douce et chaude...Rien ne vaut un
foyer!!
Je me souviens.... Le temps filait doucement, s'écoulant inexorablement.
Je n'avais plus l'énergie d'antan. Dernière bataille d'oreiller et je fus irrémédiablement séparée de mes soeurs, sans force pour les rejoindre. Je me posais doucement sur un bureau de chêne.
Quel merveilleux contact que celui du bois!!! J'avais derrière moi une belle carrière. Je souhaitais pouvoir laisser une trace de mon passage. La jeune qui s'était reposée sur moi me donna
cette chance. Elle polit mon extrémité pour faire de moi sa plume favorite. Ainsi, je devins l'outil du possible et de l'imaginable. Elle était poète, je l'inspirais. Je me souviens de ces vers
qui naquîmes de nos deux volontés "L'arbre oublié..."
Le souffle du vent
Balance lentement
Les feuilles estivales
De cet arbre magistral
Un soleil vertueux
Eclaire de ses feux
Cet arbre fier
De lignée princière
Certitude illusoire
D'un dernier espoir
Que possède en vain
Cet astre divin
La vie a quitté
Cet arbre d'été
Qui reste couché
Là sur le pavé