Samedi 31 mai 2008
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11:20
Un jour, marchant dans la rue, je croisais de nombreux visages, les uns fatigués, les autres anxieux ou stressés. Peu arborait des traits reposés, une expression radieuse, apaisée, heureuse.
Leurs yeux semblaient éteints, vides de toute lumière. Une interrogation me vint alors. Je ne sais toujours pas quelle force me poussa à faire ça mais......
Imaginez une jeune femme, l'air sérieuse qui arrête les passants et leur demande «Excusez-moi, Madame, Monsieur, vous arrive-t-il de regarder deux moineaux sur une branche,
illuminés d'un rayon de soleil? » Et savez-vous ce qu’ils me répondirent, pour les plus polis bien sur? Non, vous ne savez pas? Eh bien ils me dirent « Quelle drôle d'idée! C'est d'une
telle banalité! », « Ne soyez pas stupide cela ne présent aucun intérêt »... La réponse la plus édifiante me fut donner par un homme d'une quarantaine d'années en costume
trois-pièce, pardessus et attaché-case noir brillant « Combien cela peut-il rapporter? Attendez! Si je regarde deux moineaux pendant 1minute, après répercutions des temps collatéraux
(ouverture des volets, fermeture volets, ouverture fenêtre,...etc...), je perds au moins 3minutes37 secondes de retard sur le planning ce qui en bout de chaîne représente des pertes, en euros,
de......hum hum » Et il reprit sa route sans plus me prêter la moindre attention.
Toutefois, lorsque je le pu, j'enchaînais « Et le reflet du soleil dans l'eau d'une fontaine gelée? Le mouvement des branches d'un vieil arbre centenaire? Une vielle porte en bois au
coin d'une ruelle?...... » En définitive ce fut toujours pour obtenir le même type de réponse.
En dernier lieu, je m'approchais tout de même d'un vieux couple assis sur un banc, main dans la main. « Mais que faîtes vous donc là assis sur votre banc? Pourquoi n'êtes vous pas comme tous
ces gens à courir dans tous les sens, sans arrêts? » Vous comprenez qu'après tant de dénégation de la part de gens biens comme il faut je ne voulais pas risquer de heurter la moral de nos
aïeux par des questions jugée, au plus gentiment, naïve. Ils me répondirent comme s'ils énonçaient une évidence.
« Hier, nous avons trop courus, toujours plus loin et toujours plus vite. Nous avons oublié l'essentiel et la vie est passée. Aujourd'hui, nous regardons. Assoyez-vous, Mademoiselle.
Asseyez-vous avec nous et vous verrez aussi ».Ce que je fis.
Un rayon de soleil perçait les nuages. Un moineau se posa sur une branche d'arbre ballottée par le vent. Il frissonna puis pris son souffle. Son chant guilleret résonna à mes oreilles et
réchauffa mon cœur. Tendez l'oreille....! N'entendez-vous pas sa compagne qui lui répond? Et si vous osiez ouvrir les volets? Peut-être les verriez-vous, comme je les vis ce
matin là, tous les deux tendrement serrés sur leur branche enneigée, bercés dans la douce chaleur d'un soleil hivernal...
L'image de ces deux vieillards est encore présente dans mon esprit. Je me souviens même m'être demandé en reportant mon regard sur eux: « Depuis combien de temps n'ais-je pas regardé deux
moineaux sur une branche? »
Par Selhia
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Publié dans : Pensées
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